2005
Rapide de la Chaudière — Barrage des Chats
2005
Rapide de la Chaudière — Barrage des Chats
Pour une expérience de lecture de cartes optimale, un ordinateur ou une tablette est recommandé.
Après avoir complété le parcours Montréal – Ottawa sur la rivière des Outaouais, Guillaume et moi souhaitons poursuivre le voyage plus haut sur la route des fourrures et c’est par ce beau matin du jeudi 11 août 2005 que nous mettons le canot à l’eau au Club d’aviron d’Ottawa. Notre plan est d’aborder un peu plus haut à l’île Victoria, portager en empruntant le chemin qui passe sous la voie d’accès au pont du Portage pour ensuite mener à l’accès du pont des Chaudières. Le pont des Chaudières nous mènera jusqu’à la rive nord de la rivière que nous longerons jusqu’en haut des rapides pour ensuite nous remettre à l’eau (nous ne pouvions accoster simplement sur la rive Nord en bas des rapides parce qu’elle était trop escarpée et peu favorable à un portage avec tous ses développements). Dès notre départ, nous passons sous le Parlement puis abordons à l’île Victoria.1
Rapides de la Chaudière : 1er portage
Ce sera notre première expérience de portage (le barrage de Carillon a été franchi par les écluses) et ce n’est pas sans une certaine appréhension que nous avons accosté à l’île Victoria. Le mot d’ordre est d’y aller à notre rythme, un pas à la fois. En faisons notre reconnaissance du parcours et, rendus à la voie d’accès du pont Chaudière, nous découvrons, à notre grande satisfaction, que la piste cyclable qui longe la rive ontarienne de l’Outaouais passe tout près, longeant le nouveau Musée de la guerre. Voilà qui simplifiera le portage. Nous faisons notre portage en deux étapes : du débarcadère de l’île Victoria jusqu’à la voie d’accès du pont Chaudière, puis de là jusqu’en haut des rapides, en suivant la piste cyclable. Chaque étape comprend le transport du canot (à deux) puis celui des bagages… Il fait chaud, très chaud, et on a décidé de ne pas s’éreinter.
Petits rapides : Demi-charge et décharge 2
Une fois rendus en haut des rapides, nous mangeons un peu avant de mettre le canot à l’eau. Il fait beau soleil et nous ne restons pas trop loin de la rive ontarienne d’où nous sommes partis, jusqu’aux approches de l’île Lemieux que nos laissons sur notre droite pour rentrer dans la zone des petits rapides de La Chaudière. Nous passons ces rapides en débarquant dans l’eau qui nous arrive aux genoux et en halant le canot. Rien de très éprouvant, sinon qu’il faut surveiller les nombreux rochers qui affleurent. Plus loin, nous rembarquons dans le canot jusqu’aux rapides Remic, à la hauteur du pont Champlain. Le courant n’y est pas trop fort et nous voudrions bien tirer le canot comme nous avions fait pour les rapides précédents. Mais il y a des zones profondes et il semble préférable de portager. Nous accostons, toujours sur la rive ontarienne où on trouve facilement un endroit facile d’abordage. Le fait que les deux rives de l’Outaouais à cette hauteur soient des parcs, en plus de rendre agréable cette traversée de zone urbaine, facilite l’accostage. Nous transportons les bagages jusqu’en amont des rapides, en empruntant la piste cyclable qui longe la rivière. Au retour, nous pouvons remettre le canot à l’eau à la hauteur des rapides et le haler après avoir trouvé un parcours où l’eau n’est pas trop profonde.
Rapides Deschênes : 2e portage
En cette saison, la rivière est en étiage et la section de rivière entre les rapides Remic et les rapides Deschênes présente de nombreux rochers à peine immergés. On garde l’œil ouvert. Le trajet jusqu’aux rapides se fera du côté de la rive québécoise. Pour arriver au sentier de portage, on se rend presque au pied des rapides et il faut prévoir mettre pied à une bonne distance de la rive car l’eau est peu profonde et il y a des roches. Nous portageons en deux étapes et sommes à la tête du rapide vers 17 h. La mise à l’eau se fait dans une zone très peu profonde. Il faut s’assurer d’avoir assez d’eau avant d’embarquer dans le canot car le lac est peu profond près de la rive et il y a beaucoup de roches. Une fois au large, c’est la satisfaction de pagayer enfin pour un bon bout et aussi celle d’avoir réussi notre baptême du portage.
Le lac Deschênes
Heureux de pagayer, nous en oublions de faire attention au temps qui passe et nous retrouvons en plein devant Aylmer sans avoir trouvé un endroit pour planter la tente. J’avais pensé à l’île Chartrand de l’autre côté du lac mais le fait qu’elle soit intégrée à une zone du Ministère de la Défense Nationale m’a fait hésiter. Et puis, il y avait l’attrait d’un repas pris à la terrasse de la Marina d’Aylmer. C’est là que nous entrons un peu avant 20 h. Il fait encore clair. Nous obtenons le droit d’entreposer le canot et les bagages pour la nuit dans le hangar de la marina puis allons manger à la terrasse à nous serons servis par une charmante serveuse qui, lorsqu’elle apprend que nous sommes de Montréal, nous confie qu’elle aime beaucoup y aller mais apprécierait quand même qu’on y parle plus français! Le problème sera de trouver un endroit pour dormir vu qu’il n’est pas question de camper en ville. Nous trouverons finalement un motel, du côté de Hull! Pas de quoi être fier! C’est la vie…
Le lendemain matin, 12 août 2005, retour à la Marina d’Aylmer pour repartir vers 11 h en direction du rapide-des-Chats, à la tête du lac Deschênes. Journée assez chaude, pluvieuse mais pas assez pour nous empêcher de profiter de ce grand plan d’eau pour avancer. Nous arriverons vers 16 h à la baie Noire. En nous remettant à l’eau après un moment de repos sur la plage, j’aperçois au fond de l’eau ce qui semble une pierre ronde et blanche presque enfouie dans le sable. Je la prends entre mes doigts pour constater qu’il s’agit du fourneau d’une pipe de terre avec, sur ce qui reste du tuyau, les lettres « scow ». Pipe de bûcheron? Pipe de voyageur? Je l’emballe dans un morceau de tissu et nous reprenons notre route, espérant rejoindre l’île Mohr avant la nuit. C’est sans compter avec le temps qui se couvre, les vagues qui deviennent menaçantes. Finalement, nous nous contenterons de traverser le lac jusqu’à la plage à l’ouest de Constance Bay Beach The Point, où nous campons, après avoir très poliment demandé à une riveraine si nous pouvions camper devant sa maison. « Toute la plage est publique », nous répond-elle, sur un ton qui nous laisse entendre qu’elle préférerait que nous ne soyons pas trop près de sa maison.
La nuit est calme. Au matin du 13 août, il faudra compter sur un couple d’aimables riverains pour faire provision d’eau. « Bonne chance! » me dit l’homme en français en me remettant un deux litres d’eau. La journée est belle, le lac assez calme et nous ferons une pause à l’île Mohr vers 11 h. (Samuel de Champlain aurait aussi accosté à l’île Mohr.) 3
Le temps de se détendre et de regarder au fond de l’eau des moules tracer leur sillon sur le fond sableux.
Nous reprenons la route et arrivons vers 16 h en vue de Quyon et de son traversier. Un peu plus tard, au détour d’une pointe, nous apercevons cette immense structure de béton et d’acier couchée en travers de l’Outaouais : le barrage des Chats, exploité par Hydro-Québec depuis 1931. De quoi semer l’effroi au cœur des plus vaillants canoteurs. Nous n’en continuons pas moins notre progrès en direction du monstre et arrivons en longeant la rive ontarienne jusqu’au camping du parc provincial Fitzroy. C’est l’heure de dresser la tente mais nous ne pourrons nous installer qu’après un long trajet à pied jusqu’au poste d’entrée, car les terrains de camping sont conçus pour les automobilistes…
Le soir, le réchaud au naphta ne fonctionne plus malgré tous les efforts pour le réparer… Ce sera le signal de la fin du voyage… Nous affronterons le monstre à la prochaine saison…
Épilogue
Quelques semaines plus tard, un petit voyage de reconnaissance permet de découvrir un sentier de portage reliant la baie de Pontiac jusqu’en haut de la digue la plus au Nord du barrage des Chats, tout près d’un ancien canal qui va jusqu’au pied de la digue. Le trajet devrait être de moins de quinze minutes. Portager toute la distance apparaît plus facile que d’emprunter le vieux canal difficilement canotable.
Des informations fournies par la Société d’archéologie du Québec permettent d’identifier la pipe de terre comme ayant été fabriquée à Glascow en Écosse dans la première partie du 19e siècle. Il pourrait donc bien s’agir de la pipe d’un voyageur ou d’un cageux.4
