2007

Campbell’s Bay — Mattawa

échelle carte 2003

2007

Campbell’s Bay — Mattawa

Pour une expérience de lecture de cartes optimale, un ordinateur ou une tablette est recommandé.

Mon fils Guillaume et moi retournons sur la route des fourrures ce jeudi 30 août 2007, reprenant notre parcours en canot là où nous l’avions interrompu il y a un an à Campbell’s Bay, face à l’île du Grand Calumet. Notre objectif pour cette année est de nous rendre en amont du barrage de Rapides-des-Joachims et si possible jusqu’à la rivière Mattawa.

Fort-Coulonge

La première journée, ensoleillée, peu venteuse, nous amène sur l’île à Bertrand, une des îles boisées un peu en aval de Fort-Coulonge, où nous accostons sur une petite plage pour la nuit.

Le lendemain, 31 août, nous laissons derrière nous l’île du Grand Calumet et entrons dans le lac Coulonge dont la rive nord est au Québec et la rive sud en Ontario. En début d’après-midi, nous arrivons en vue du pont de Waltham qui relie l’île aux Allumettes à la rive québécoise de l’Outaouais. Le pont marque l’entrée d’un des bras les plus étroits de la rivière, bordant la rive nord de l’île aux Allumettes. Pour le moment, nous croyons que la rivière devient de plus en plus étroite au fur et à mesure où nous la remontons… illusion!

Nous prenons le bras nord, plus court, plutôt que le bras sud, même si les rapides risquent d’y être plus difficiles à franchir. Ce choix était aussi celui des anciens voyageurs. En tous les cas, pas de rapides pour cette deuxième journée de canot qui nous amène à une baie de l’île formée par la pointe Indian. Nous campons sur une belle plage au fond de la baie. Baignade en fin de journée, mais attention aux moules au fond de l’eau. Leur coquille est tranchante, comme je l’apprends à mes dépens…

Rapides du Chapeau

Nouveau départ en cette troisième journée, 1er septembre 2007, où nous anticipons les premiers rapides de l’expédition, les rapides du Chapeau, dont la carte topographique dit peu de chose. Nous arrivons en vue du pont de Chapeau qui enjambe la rivière à la hauteur des rapides… En fait on pourrait presque dire des remous, franchis en quelques vigoureux coups de pagaie!  Rendus en haut, c’est la pause pour le repas du midi, avec visite de ravitaillement au dépanneur de Chapeau.

Si les prochains rapides ressemblent à ceux que nous venons de traverser, l’expédition ne sera pas très éprouvante (en fait, nous ne perdons rien pour attendre, comme le montrera la suite des événements). Pour l’instant, nous remontons sans trop d’effort ce bras de la rivière des Outaouais séparant l’île aux Allumettes de la rive nord. Jamais jusqu’à maintenant la rivière nous a paru aussi étroite, rappelant presque la rivière l’Assomption. La région est paisible et la forêt à peine garnie çà et là de quelques chalets.

Portage de la Culbute

En fin d’après-midi, nous arrivons au pied des rapides suivants, ceux de la Culbute. L’eau peu profonde permet de tirer le canot à la main, jusqu’au fond de l’écluse d’un ancien canal de navigation qui servait autrefois à contourner les rapides. Quelques structures en bois vermoulu attestent l’ancienneté de l’ouvrage. Des pêcheurs postés au pied des rapides nous ont dit qu’il y a peut-être un sentier de portage sur l’île qui sépare le canal des rapides mais une exploration plutôt acrobatique, vu l’escarpement des rives, n’a rien révélé… Finalement, comme c’est la fin de l’après-midi, nous allons de l’autre côté, sur la terre ferme, et grimpons sur la rive pour découvrir un ancien chemin qui reliait la base des rapides au sommet de l’ancien barrage. Comme l’endroit est dégagé, nous y hissons le canot et les bagages, et nous préparons mentalement au portage qui nous attend comme première tâche le lendemain. En préparant le campement, Guillaume le botaniste a repéré quelques plants d’herbe à puce… Juste un peu trop tard pour moi…

Au matin, dimanche 2 septembre, un premier portage est complété sans encombre : environ 800 pas sur un terrain plat et bien dégagé qui débouchent sur un petit lac dont l’entrée marque le début d’une autre série de rapides très tumultueux… et dont on ne voit pas la fin. Pas question de tirer le canot à la main ou à la cordelle. À l’entrée du lac, côté de l’île aux Allumettes, un beau chalet et surtout une belle plage où nous pouvons tirer le canot. Guillaume restera à garder le canot et les bagages pendant que je pars à la recherche d’un sentier de portage. Une longue investigation le long de la rive ne donne rien. La rive est très escarpée et boisée et la vigueur des rapides me fait renoncer à toute tentative de halage du canot. Au retour, je trouve Guillaume en conversation avec le propriétaire des lieux qui est de retour. Après les salutations et présentations, il nous explique que de l’autre côté du lac, à l’entrée d’une petite baie à laquelle nous n’avions pas porté attention, il y a un sentier de portage qui mène en haut des rapides. Ce qui nous rassure aussi est qu’il nous dise que nous ne sommes pas les seuls à faire ce genre de tentative… Il y en a même qui ont tenté de remonter les rapides à la cordelle!

À l’entrée de la petite baie, nous découvrirons sur notre gauche une vague éclaircie qui marque le début du sentier de portage, sentier qui s’avère escarpé et jonché de pierres et de branches. Le propriétaire du chalet nous avait prévenus qu’il était beaucoup plus encombré que le sentier de portage que nous avions remonté plus tôt. Par chance, il est marqué de quelques rubans de plastique noués à des arbres, ce qui va nous faciliter la tâche. Nous ne pouvons nous empêcher de penser que ces rubans ont dû être posés par l’équipe de l’expédition Nor’Ouest passée en 2005. Qui d’autre accrocherait ce genre de ruban aux arbres le long d’un sentier de portage?

Nous faisons notre reconnaissance du sentier et arrivons au bout d’environ mille pas à une baie longeant la rivière, au-dessus des rapides. Mais le portage sera difficile à cause de l’encombrement et de l’escarpement du sentier qui commence par une montée abrupte et se termine par une descente très rapide… Au début, nous essayons de portager le canot à deux, mais finalement ce sera plus facile pour moi de le porter seul sur l’essentiel du parcours, Guillaume se chargeant du matériel. De toute façon, le portage se fait comme d’habitude en deux voyages, cette fois-ci avec un posé. Mais cela aura été certainement notre portage le plus difficile jusqu’à maintenant…

Heureusement, nous serons consolés de notre peine en constatant que, comme nous avait dit le propriétaire du chalet et contrairement à ce qui est indiqué sur la carte topographique de Ressources naturelles Canada, il n’y pas de rapides entre la baie où nous venons d’arriver et le lac aux Allumettes. Soulagement… (au retour, nous apprendrons que le chenal sud qui borne l’île aux Allumettes aurait été plus long à parcourir mais beaucoup plus facile)

Le lac aux Allumettes

C’est avec beaucoup de joie que nous arrivons au lac aux Allumettes, très grand, balayé par de forts vents en cette fin d’après-midi. On aperçoit la ville de Petawawa de l’autre côté du lac. Comme le jour tire à sa fin et que le lac est assez agité, nous gagnons la première plage en vue sur la rive québécoise et y établissons notre campement.

Le lendemain, 3 septembre, il fait beau soleil et le lac est encore agité par un fort vent d’ouest. Il nous faudra la journée pour nous rendre à la tête du lac, même en essayant de nous mettre à l’abri des nombreuses îles qui bordent la rive québécoise. En fin de journée, les rives du lac se rapprochent et nous arrivons à la hauteur de la baie Meehan, côté québécois. En face, à la hauteur de l’îlot de Deep River, une plage semble inviter au campement, où on distingue des panneaux d’avertissement sûrement destinés aux canoteurs et autres plaisanciers. Nous nous rapprochons mais même Guillaume aux yeux de lynx n’arrive pas à lire le message sur les panneaux. Une fois débarqués, on peut enfin prendre connaissance de l’important message en français et en anglais du Ministère de la Défense nationale, indiquant qu’il y a des munitions non explosées sur la plage et au bord de l’eau et qu’il est par conséquent interdit de débarquer… Heureusement, nous quittons sans incident fâcheux ces lieux inhospitaliers, doublons l’îlot et nous retrouvons sortis du lac des Allumettes, en pleine rivière des Outaouais. Contrairement à ce que nous croyions pouvoir retrouver, la rivière est au moins aussi large ici qu’elle l’était en aval des rapides de la Chaudière (les Algonquins avaient bien raison de l’appeler Kichi Sibi, c’est-à-dire Grande Rivière) et en plus, nous devons lutter contre un vigoureux vent de face contre lequel il est très difficile d’avancer. Nous arrivons finalement en fin de journée de l’autre côté de la rivière, côté québécois, sur une petite plage au pied d’un mur de végétation. La rivière est inondée par le soleil de fin de journée, nous donnant un sentiment de plénitude après avoir complété une autre étape du voyage.

Le Rocher à l’Oiseau et la Pointe au Baptême

Le lendemain, mardi 4 septembre, nouveau départ vers le haut de la rivière, dont les rives sont de plus en plus escarpées surtout du côté québécois. Si le lac aux Allumettes était investi par les villégiateurs sur l’ensemble de son pourtour, ici, le bord de la rivière est beaucoup plus sauvage et boisé. Il est encore tôt dans la matinée quand nous nous trouvons bientôt sur notre droite un des hauts lieux de l’épopée de la fourrure, le rocher à l’Oiseau, immense falaise rocheuse qui tombe à pic dans la rivière, côté du Québec. Les Algonquins d’autrefois y ont laissé des dessins rupestres malheureusement masqués par des graffiti beaucoup plus récents.

Un peu plus haut, côté ontarien, nous abordons la plage de Pointe au Baptême, autre lieu mythique de la route des fourrures, où les voyageurs novices étaient l’objet d’une cérémonie d’initiation.

Un peu plus haut, sur la rive ontarienne, un lieu à l’aspect sévère : le Centre de recherche de Chalk River. Le reste de la journée se déroule sans histoire, de faibles vents permettant d’avancer à un bon rythme et laisser vite derrière nous les tours et bâtiments de ce centre de recherche nucléaire. En fin d’après-midi, nous faisons escale au port de plaisance de Deep River, pour acheter quelques provisions et médicaments. C’est la dernière communauté avant d’arriver au barrage de Rapides-des-Joachims. Nous parlons de notre voyage à un homme de l’endroit qui ne pense pas qu’on puisse, comme nous avions prévu, contourner le barrage des Rapides-des-Joachims, en longeant la rive québécoise et traverser le lac McConnell jusqu’au barrage de retenue. Cela semblait mener au portage le plus court, en tout cas sur la carte. Semble-t-il que ce trajet est interdit, bloqué par une chaîne, que des lâchers d’eau rendent très risqué. On verra sur place…1

En attendant, nous reprenons notre voyage vers le haut de la rivière et campons sur une des nombreuses plages de la rive québécoise, à la hauteur de la Grande Presqu’île.

Le lendemain, 5 septembre, l’approche de Rapides-des-Joachims est marquée par la vue des ruines d’un ancien poste et d’une vieille maison canadienne dont l’architecture contraste avec les constructions d’après-guerre.

Le portage des Rapides-des-Joachims

Ce matin-là, nous sommes au septième jour de notre voyage et arrivons au pittoresque village du Rapides-des-Joachims en fin de la matinée. Nous accostons à la marina et je débarque pour aborder un groupe d’hommes en conversation au haut de la descente de bateau. Je m’enquiers auprès d’eux de l’existence d’un sentier de portage et un des hommes m’offre de m’amener en camion jusqu’au débarcadère en amont du barrage où l’entreprise de portage Temiskawa remorque les embarcations. J’accepte et il nous faudra environ trois kilomètres de route pour arriver à la descente de bateau pas très loin de la centrale électrique. Mon guide confirme qu’on ne peut passer par le lac McConnell et offre même à nous portager avec le canot sur son pick-up. Je comprends que c’est pour rendre service et qu’il le ferait gratuitement mais je décline poliment et il comprend fort bien que nous essayons le plus possible de connaître la réalité des vrais portages. En me ramenant à la marina, il me parle du propriétaire du dépanneur local qui connaît peut-être un chemin de portage un peu plus court, un choix d’autant plus intéressant que l’idée de portager par la route ne me plaît guère. Je me rends au dépanneur avec Guillaume. Tout est près de la marina dans ce village. Le commerçant confirme la présence d’un sentier de portage partant d’une baie située un peu en amont de la marina et menant à la descente de bateau près de la centrale électrique. Il rajoute que beaucoup de canoteurs passent par Rapides-des-Joachims, mais bien peu font le portage à pied… Guillaume n’est pas très encouragé mais je tiens quand même à ce qu’au moins on fasse une reconnaissance du sentier de portage. Après, on décidera si nous portageons nous-mêmes ou si nous acceptons cette offre de portager en camion. Nous reprenons le canot et l’amenons à la baie qui est un abri fort accueillant. Il y a bel et bien un début de sentier au fond de la baie. Nous y échouons notre canot et partons en reconnaissance. Au bout de quelques pas, une route que nous prenons à notre gauche. Le sentier de portage reprend un peu plus loin à droite, marqué par un ruban (vestige de l’expédition Nor’Ouest?). De là, on poursuit en laissant le village un peu plus bas sur notre gauche et suivons le sentier. Nous rencontrons la route qui mène du village au barrage McConnell, tournons à droite et la suivons jusqu’au chemin qui mène à la rampe de bateau. Là nous sommes enfin au-dessus du barrage, sur le lac Holden2. Au retour, pour bien marquer le chemin du barrage, on se rappellera qu’il est un peu avant un pont qui enjambe une petite rivière. Nous retournons au canot et nous installons pour la nuit à la pointe qui marque la sortie de la baie, près de la rivière des Outaouais et de son eau courante. Guillaume est maintenant convaincu que nous pouvons faire le portage.

Le lendemain matin, jeudi 6 septembre, nouvelle traversée de la baie et portage. Il nous faudra toute la matinée pour le compléter, en un peu plus que cinq posés de 500 pas, soit environ 2,5 kilomètres. Étant donné que chaque étape comporte deux portages, cela nous fait 7,5 kilomètres de marche en tout. Avant de repartir, nous prenons notre repas du midi. Pendant que nous mangeons, une camionnette d’Hydro-Ontario s’approche de nous. Le chauffeur nous demande, en anglais, si nous savons que nous sommes sur la propriété d’Hydro-Ontario…» Étrange réalité : nous sommes en territoire québécois mais le barrage appartient à Hydro-Ontario… Finalement, le ton changera, comme il est évident que nous apprêtons à embarquer et la camionnette repart. Nous mettons le canot à l’eau. Comme toutes les journées précédentes, nous avons la chance d’avoir du beau temps. Depuis notre départ, nous n’avons eu droit qu’à deux averses tombées pendant la nuit.

Le lac Holden

Nous pagaierons le reste de l’après-midi sur ce grand lac de barrage qu’est le lac Holden. Ce qui nous saute rapidement aux yeux est l’abondance de rochers sur les rives et l’absence de ces plages fréquemment trouvées le long de la rivière des Outaouais, effet de la mise en eau du barrage en 1950. Nous serions fort embêtés de trouver un endroit pour camper car les rives sont rocheuses et escarpées. Finalement, nous trouvons un endroit propice sur la plage du parc provincial ontarien Driftwood, face à l’embouchure de la rivière Dumoine, de l’autre côté de la rivière des Outaouais.

À cette période de l’année, le camping du parc est fermé et nous nous installons sur la plage gazonnée, avec en plus un choix de tables à pique-nique. Le lendemain matin, 7 septembre, un patrouilleur en camionnette vient faire sa tournée mais nous envoie simplement la main, sans nous embêter.

Cette nouvelle journée nous fera connaître la force des tempêtes qui peuvent se déchaîner sur un lac de barrage. Les premières heures se passent calmement et nous avançons bien sous un ciel couvert, mais en début d’après-midi, un fort vent se lève comme nous arrivons au niveau de la pointe Marabout sur la rive ontarienne. Pour aller au plus court, je décide de traverser la rivière vers sa rive québécoise pour mettre à l’abri d’une île en face. Erreur qui nous vaut une bonne demi-heure de tempête en plein lac à se faire balloter par des vagues de près de deux mètres. Nous finirons par arriver sous le vent de l’île pour pagayer un peu plus tranquilles pendant un bout de temps, mais nous avons eu chaud. Conclusion : le chemin le plus long en distance peut quelquefois être le plus court en temps et nous aurions mieux fait ce jour-là de suivre la rive ontarienne mieux abritée. En tous les cas, si la mise en eau du barrage du Rapide-des-Joachims a noyé les anciens rapides du Marabout et du Rocher Capitaine, elle a par contre créé un grand lac qui peut être très agité.

Vers le milieu de l’après-midi, le vent se calme un peu même si le temps reste couvert et nous poursuivons notre marche. À la fin de l’après-midi, nous approchons du village de Deux-Rivières sur la rive ontarienne mais le temps se couvre et il est déjà grand temps de trouver un emplacement pour la nuit. Or les rives sont toujours aussi rocheuses et escarpées – aucune plage aperçue au cours de la journée. Par chance, nous apercevons vers 17 h une éclaircie sur la rive ontarienne. Visiblement, le terrain assez réduit a été nivelé pour y construire peut-être une maisonnette et un vague chemin semble mener à une route. Des rochers bordent le terrain mais le débarquement n’est pas trop ardu. Nous débarquons nos effets et nous empressons de monter la tente car le temps s’assombrit et l’orage gronde. Le temps de tendre une corde sur laquelle s’appuiera notre toile et voilà l’averse qui nous tombe dessus. Il fait presque nuit au moment de prendre notre repas sous l’abri mais nous avons eu le temps de nous installer et nous passerons la nuit au sec.

Deux-Rivières

Au matin, en ce samedi 8 septembre, le ciel est toujours couvert mais la pluie a cessé. Nous arrivons en peu de temps à la hauteur de Deux-Rivières, où la rivière des Outaouais est serrée entre deux presqu’îles reliées par un service de traversier. Semble-t-il qu’il y aurait eu des rapides ici avant la mise en eau du barrage de Rapides-des-Joachims Devant nous, un canot de 16 pi arborant un drapeau étranger descend la rivière, avec deux canoteurs à son bord. L’un des deux est un nouveau citoyen canadien et le drapeau est celui de l’Inde, son pays d’origine. Les deux voyageurs sont partis de Sault-Sainte-Marie à destination d’Ottawa. Ils ont mis deux semaines pour faire la distance Sault-Sainte-Marie – Deux-Rivières. L’autre canoteur est un Ontarien anglophone qui tenait à communiquer en français avec nous. Nous leur souhaitons bonne chance et poursuivons notre parcours vers Mattawa. Après Deux-Rivières, le chemin de fer du Canadien Pacifique suit la rivière et nous serons à l’occasion distraits par le passage des trains. Le soleil revient en début d’après-midi et tout juste en amont de l’île Santa, une sorte de petit courant signale la tête du lac Holden, qui doit probablement monter et descendre avec le niveau du lac selon le débit de la rivière des Outaouais et l’ouverture des vannes au barrage des Joachims. En fin de journée, nous trouvons une belle plage sur la rive québécoise, à la hauteur du ruisseau Edwards. Il semble que nous sommes bien sortis du lac de barrage, même si la carte topographique étend le lac Holden jusqu’à la hauteur de Mattawa. Nous établissons notre campement pour la nuit et profitons du beau temps pour nous baigner.

Le lendemain matin, 9 septembre, la rencontre d’embarcations de pêche indique que nous nous approchons de l’embouchure de la rivière Mattawa et de son village. Vers midi, nous arrivons en vue du village et du pont ferroviaire qui enjambe la rivière des Outaouais. Nous passons sous le pont et entrons dans la rivière Mattawa.

Nous sommes étonnés de l’étroitesse de cette rivière Mattawa que devaient remonter les grands canots de l’époque des voyageurs. Pour nous, même si nous le voulions, il serait difficile de remonter la rivière à ce temps-ci de l’année avec notre canot de 16 pi, en tous les cas, selon ce qu’on nous dit sur place, car l’eau est trop basse. Nous sommes dimanche le 9 septembre et voilà onze jours que nous sommes sur la rivière. Rendez-vous en 2008 pour la suite…

L’an prochain

Ce qui nous attend l’année prochaine est un parcours pas mal différent : huit portages assez rapprochés sur la rivière Mattawa, la traversée de la hauteur des terres, la rivière La Vase, le lac Nipissing, et là, pour la première fois une rivière à descendre, la rivière des Français, tout un défi… Pour la suite, à condition d’avoir le temps, ce sera la baie Georgienne vers l’ouest et l’île de Michillimakinac qui fut un important point de transfert pour la traite des fourrures sous le régime français et bien après. Sault-Ste-Marie est un peu plus loin, à l’entrée du lac Supérieur. Ce sera l’un ou l’autre ou peut-être les deux si on a le temps.

Pour nous guider, j’aime me référer à un livre récent de Jean Raspail, « En canot sur les chemins d’eau du roi », récit de l‘expédition en canot que lui et trois autres jeunes Français entreprirent en 1949 sur les rivières et les lacs qui relient Trois-Rivières à la Nouvelle-Orléans. Un voyage épique qui dura près de sept mois! Il y a aussi, en anglais, quelques sites qui relatent des expéditions sur la rivière des Français ou d’autres sections du parcours. Cela s’annonce bien…

1
Au retour, Émilie, de Québec, m’apprend qu’elle et son compagnon ont portagé sans problème par le barrage McConnell lors de leur voyage de Mattawa à Fort-Coulonge, mais que le trajet était très escarpé.
2
Compte tenu de la disposition des rapides avant le barrage, le portage que nous suivons est fort probablement très près de celui que suivaient les voyageurs de l’ancien temps.
Photo : Rocher à l’Oiseau, 1870, musée McCord
Motif de poisson apparaissant sur le site du Rocher à l’Oiseau. (Musée de la civilisation)
Richard à la Pointe
aux Baptême
Guillaume à la rivière Mattawa