2006

Barrage-des-Chats — Campbell’s Bay

échelle carte 2003

2006

Barrage-des-Chats — Campbell’s Bay

Pour une expérience de lecture de cartes optimale, un ordinateur ou une tablette est recommandé.

Entre le voyage d’août 2005 et celui-ci, un événement digne de mention : la série Destination Nor’Ouest où les téléspectateurs ont pu suivre un groupe de voyageurs faire le trajet Montréal-Winnipeg en canot d’écorce. Le voyage entier leur a pris 97 jours : impressionnant… mais il n’y a pas de comparaison à faire, car Guillaume et moi voyageons quelques jours à la fois dans un canot de cèdre de 16 pi, moins rapide que les grands canots, dans des conditions plus confortables que celles de 1806 (notamment le matelas auto-gonflable doublé d’un matelas en styromousse sous la tente). Nous sommes plus lents mais gardons la bonne humeur. Optimiste, je m’attendais à ce que la série Destination Nor’Ouest en incite d’autres à remonter la rivière des Outaouais en canot, mais durant nos cinq jours sur l’eau, nous ne verrons que motomarines et autres embarcations motorisées, surtout les fins de semaine.

Barrage des Chats

Nous partons du parc provincial Fitzroy, au pied du grand barrage des Chats, vendredi 4 août 2006, vers 11 h (on n’est pas des lève-tôt). En moins d’une heure, nous arrivons au fond la baie de Pontiac, pour trouver le chemin de portage qui nous amènera en haut du barrage. Si les voyageurs d’autrefois portageaient par l’île Mohr (à ne pas confondre avec l’île du même nom où nous avions fait une pause l’année précédente), cette voie nous est fermée, car le haut de ladite île est bordé par le barrage et plus bas, les panneaux nous avertissant d’un « danger extrême » ne nous incitent pas à aller plus loin. Le vieux canal un peu plus à l’ouest, qui sur la carte topographique semble aller jusqu’au barrage est difficilement praticable. La seule voie possible semble être d’aborder une petite plage à l’ouest de l’entrée du canal et de trouver le chemin de portage déjà repéré l’automne dernier. L’occupant nous accorde aimablement la permission de passer sur son terrain et nous retrouvons le chemin de portage, un sentier assez large pour laisser passer un canot, surplombé par un panneau « passage interdit »…

Le portage est d’environ huit cents pas, se fait en deux « posés »1
et aboutit à l’extrémité ouest du barrage. À la fin du portage, la joie de découvrir un nouveau paysage, en l’occurrence, un petit archipel au pied du lac des Chats créé par la construction du barrage en 1930. Nous pagayons assez loin passé le pont ferroviaire et abordons en fin de journée à l’entrée de la baie Kilroy sur la rive québécoise, en face d’Arnprior. De forts vents de face ont beaucoup ralenti notre progrès.

Rapides des Chenaux

Le lendemain, samedi 5 août, des vents plus modérés nous permettront de rejoindre en fin d’après-midi les rapides des Chenaux, situés plus bas que l’indique la carte topographique. Les rapides se séparent en trois chenaux autour de deux îles et nous tentons notre chance dans le chenal du centre, qui semble à première vue plus facile, mais le courant y est beaucoup trop fort et nous décidons de camper sur la rive car il se fait tard. Difficile de trouver un emplacement : sur un kilomètre de long, le propriétaire a posé bien en vue une série de panneaux avec ces mots : « Elliott Island – Private », vision qui fait regretter cette loi du régime français qui gardait publique une bande de 36 pieds sur les rives des cours d’eau, d’autant plus que le propriétaire n’y a rien développé. Finalement, nous passerons outre et camperons sur une île de ce bienfaiteur de l’humanité.

Le dimanche 6 août, nous entrons dans le chenal qui longe la rive ontarienne. Nous arrivons à remonter une bonne partie des rapides en longeant la rive ontarienne où les contre-courants nous permettent d’avancer. Plus haut, il faudra négocier entre courants et contre-courants, en utilisant la technique du bac avant.  Un peu plus en amont, la rive étant peu profonde, le canot sera halé jusqu’en haut des rapides. Je ne sais si des perches nous auraient permis de passer les rapides plus vite mais j’en doute vu que la rive ontarienne est très escarpée. À part ça, il n’y avait pas de sentier de portage vraiment digne de ce nom sur la rive ontarienne.

En haut des rapides des Chenaux, les deux rives densément boisées de la rivière se sont rapprochées et pour la première fois depuis le départ de Montréal, nous goûtons la beauté de la rivière des Outaouais.

Barrage des Chenaux

Nous poursuivons notre parcours jusqu’au barrage des Chenaux, à la hauteur de Portage-du-Fort. Pour le contourner, il faut oublier de portager sur l’île Limerick, très accidentée et embroussaillée, d’autant plus que le haut de l’île est bordé d’un pierré peu hospitalier. Nous passerons tout simplement sur le terrain d’une belle résidence de Portage-du-Fort, auquel ses aimables propriétaires nous ont donné accès avec le sourire.

Un petit portage de trois cents pas à travers un beau parc gazonné et nous voilà en haut du barrage des Chenaux. Par la suite, portés par un fort vent arrière, nous arrivons vers 18 h à la pointe sud de l’île de Gand-Calumet, au lieu-dit Les Sables, et nous y installons pour la nuit.  Au matin (lundi 7 août), nous sommes heureux d’avoir tiré le canot en haut de la plage car celle-ci est presque disparue, suite à une hausse du niveau de la rivière survenue pendant la nuit. Si nous n’avions pas pensé à poser notre embarcation retournée près de la tente pour mettre nos bagages à l’abri, nous nous serions retrouvés au matin sans canot!  Le matin, l’eau continue de monter et nous nous dépêchons de décamper…

Rapides du Sable

Nous nous engageons vers le chenal qui borde la rive est de l’île de Grand-Calumet pour faire comme les voyageurs qui limitaient ainsi le nombre de rapides à passer. Le chenal à l’est compte moins de rapides, ils se trouvent par contre à l’entrée et nous affrontons en premier les rapides du Sable, sans trop de difficulté, en navigant d’un contre-courant à l’autre, toujours avec la technique du bac avant, où on utilise la force du courant en gardant le canot pointé à angle vers l’amont, une technique apprise au Club des Portageurs.

Rapides de Dargis

Les rapides Dargis un peu plus haut ne se laissent pas affronter aussi facilement et nous sommes rapidement réduits à prendre refuge dans une baie à notre droite, à la hauteur du pied des rapides. À l’entrée de la baie, un vieux chemin de portage, qui prend fin bizarrement avant la tête des rapides, face à une autre baie. Que faire? La rivière est assez large à cet endroit et je n’ai pas envie de portager jusque là pour ensuite être ramené en bas des rapides par le courant… Après avoir à nouveau essayé de remonter les rapides en utilisant les contre-courants, je suis prêt à mettre fin à l’expédition mais Guillaume insiste pour faire une dernière tentative… Cette fois, nous portageons jusqu’à la fin du sentier (environ trois cents pas). Une fois le canot à l’eau, nous pagayons, en bac avant, à travers les rapides jusqu’à la baie qui nous fait face. Opération réussie, nous avons même remonté en partie les rapides, jusqu’à l’île à l’entrée de la baie. De là nous arriverons en utilisant les contre-courants et en halant le canot de la rive, à remonter au-delà de la tête des rapides.

Barrage de Bryson

Peu de temps après, un autre obstacle de taille nous attend : le barrage de Bryson, le dernier avant celui des Joachims. Ce barrage a noyé en 1925 le rapide des Sept Chutes, où en 1709, le coureur des bois Jean Cadieux réussit au prix de sa vie à déjouer un parti de guerriers iroquois, permettant à sa famille d’échapper aux assaillants.

Nous cherchons longtemps un chemin de portage. La carte topographique tombée à l’eau avant d’arriver à l’île de Grand-Calumet serait vraiment utile ici… Finalement, Guillaume aperçoit un randonneur sur la grève, près d’un panneau d’avertissement d’Hydro-Québec… En nous approchant, nous voyons une belle plage pour accoster. Entretemps, le randonneur a fait demi-tour et est disparu dans la forêt… Bon signe : il doit bien y avoir un sentier qui mène en haut du barrage. Guillaume part explorer les lieux et revient après un bon moment après être arrivé au sommet du barrage, mais sans avoir trouvé un endroit accessible pour mettre le canot à l’eau. Le sentier se perd dans la forêt clairsemée et on perd facilement son chemin.

Les recherches d’un sentier de portage reprennent le lendemain matin (mardi 8 août). Arrivés à la route d’accès au barrage, deux femmes passant par là nous indiquent un chemin de VTT (véhicule tout-terrain) qui relie cette route à la rivière, au-delà de la chaîne de flotteurs qui empêche d’approcher du barrage.

Le portage sera long, mais j’ai trouvé une façon de le raccourcir en entrant dans la baie de Georges. Un court sentier un peu à l’est de la pointe rocheuse au fond de la baie donne accès au sentier de portage. De là, on arrive à la route du barrage, puis au chemin de VTT. Pour mettre le canot à l’eau, il nous faut passer sur une propriété affichant quelques panneaux « Private – No trespassing ». Ça tombe bien, vu que nous n’avons aucune envie de trépasser ici… Le portage nous prendra plus de deux heures, incluant les pauses. Vers la fin du portage, un VTT pétaradant vient troubler la paix des lieux. Je m’attends à une confrontation entre le droit de propriété et le droit d’accès à l’eau mais le gros monsieur casqué qui fait faire un tour de VTT à son petit garçon est-il en fait le propriétaire du terrain? En tous les cas, il ne nous le fera pas savoir et poursuit sa route sans nous importuner…

Nous apercevons bientôt la rive sur notre gauche et nous remettons le canot à l’eau. Petite surprise au bout de quelques minutes : encore un (faible) rapide à passer, mais nous avons maintenant l’habitude et remontons l’obstacle sans trop de difficulté en louvoyant. En fin d’après-midi, nous passons au niveau du village de Grand Calumet sur notre gauche et arrivons à notre destination, Campbell’s Bay. Cette communauté n’offre pas d’hébergement comme nous l’espérions et il faut se rabattre sur une des îles en face de Campbell’s Bay pour monter la tente et dormir. Dernière nuit sous la tente, dans une île pas mal embroussaillée par toutes sortes de plantes y compris de l’herbe à puces, comme je l’apprends à mes dépens.

Le lendemain, mercredi 9 août, retour à Campbell’s Bay pour trouver un camion qui nous ramènera avec le canot là d’où nous étions partis cinq jours plus tôt, le parc provincial Fitzroy. Fin de la quatrième étape!  La cinquième, à première vue plus facile, devrait nous mener beaucoup plus haut, peut-être jusqu’au barrage du Rapide des Joachims ou même à la rivière Mattawa…

1
Arrêt le long d’un sentier de portage. Dans le vocabulaire des voyageurs, le nombre de posés mesure la longueur du portage.